Monsieur le Vice-Président de l’Assemblée, Mesdames et Messieurs les représentants des plus hautes institutions judiciaires,
Excellences Ambassadeurs et Mesdames et Messieurs les représentants du corps diplomatique, Mesdames et Messieurs les chefs et représentants des missions et organisations internationales, Mesdames et Messieurs les collègues et partenaires de la société civile, Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie de votre présence aujourd’hui à cette discussion sur le rapport annuel du Défenseur du peuple. Ce document marque un tournant pour nous. Pendant 25 ans, le rapport du Défenseur du peuple a principalement dressé un bilan de notre travail interne. Cette année, nous avons fait un choix différent. Nous souhaitons que ce rapport serve de panorama annuel de la bonne gouvernance et de la situation réelle des droits humains en Albanie. Bien entendu, un tel rapport ne peut se limiter à la voix d’un seul bureau. Il ne peut pas non plus se limiter à celle des citoyens qui ont choisi de porter plainte auprès de nous. Il doit être – et ambitionne d’être – la voix de la société tout entière. C’est pourquoi nous organisons cette réunion aujourd’hui. Nous souhaitons donner aux acteurs de la société civile la possibilité de commenter nos conclusions et de contribuer en partageant leurs données de terrain. L’objectif est que la voix de la société civile devienne partie intégrante du Rapport annuel du Défenseur du peuple. Il convient de souligner que, grâce aux modifications législatives de décembre 2025, c’est la première fois depuis la création de l’institution du Défenseur du peuple que le projet de rapport est rendu public avant sa soumission à l’Assemblée. Cette réunion témoigne clairement de notre volonté de transparence totale envers les citoyens. Cependant, cette nouvelle approche nous oblige à réformer non seulement la forme des rapports, mais aussi le fonctionnement même de notre institution. Ma vision pour les cinq prochaines années repose sur cinq objectifs principaux, visant à faire du Défenseur du peuple une voix plus forte pour les citoyens : Premièrement, la modernisation numérique. Afin d’éliminer les lenteurs administratives, nous numérisons l’intégralité du processus de traitement des plaintes. De la réception de la demande à l’émission de la recommandation, chaque étape se fera en ligne. Le citoyen pourra voir en temps réel quel service traite son dossier et quelles actions ont été entreprises. Cela renforce notre transparence et notre responsabilité, tout en exerçant une saine pression sur l’administration elle-même. Deuxièmement, des recommandations concrètes. Les rédacteurs de la Constitution n’ont pas conçu cette institution comme un simple dépôt de documents, mais comme un garant des libertés fondamentales. Par conséquent, lorsque nous prenons la parole, les choses doivent changer. Pour ce faire, nous établirons des liens de coopération avec les agences étatiques. Toutefois, en cas de résistance, nous n’hésiterons pas à utiliser tous les moyens légaux à notre disposition contre tout fonctionnaire qui viole les droits des citoyens. Troisièmement, être présents pour chaque tranche d’âge et dans toutes les régions du pays. Pour les jeunes, nous parlerons leur langage. Nous serons plus actifs sur les réseaux sociaux et permettrarons le dépôt de plaintes via des applications. Pour les personnes démunies, l’envoi de courrier vers nos services sera gratuit. Nous ouvrirons également des antennes dans les banlieues et les quartiers défavorisés, là où l’oubli de l’État se fait le plus cruellement sentir. Quatrièmement, renforcer la société civile. Notre vision est que ce travail soit à votre service. À cette fin, nous créons des outils analytiques tels que le Baromètre de la bonne gouvernance, l’Indice d’égalité et la Carte nationale des droits. Ceux-ci vous aideront à dénoncer les abus de pouvoir et à mesurer les progrès réels accomplis au fil des ans. Cinquièmement, renforcer la confiance du public. Mon objectif est que le Médiateur devienne l’institution la plus digne de confiance en Albanie. Conscients que la confiance se gagne, nous mettons en place une nouvelle stratégie de communication. Nous allons ouvrir pleinement l’institution et quitter le confort de nos bureaux pour être constamment sur le terrain, là où les citoyens sont directement confrontés aux injustices. Parallèlement, nous serons beaucoup plus présents dans les médias et nous utiliserons des formats de communication modernes tels que les podcasts. Nous voulons parler directement aux citoyens, afin qu’ils perçoivent cette institution comme leur alliée chaque fois que l’administration leur ferme une porte. Cette vision requiert une contribution collective.
Et, à ce titre, je saisis cette occasion pour souligner l’aide que nous avons reçue du projet PACEP II, qui nous accompagne dans notre mission de redevabilité devant l’Assemblée et les citoyens, depuis l’évaluation des besoins jusqu’aux nouvelles stratégies et à la méthodologie des recommandations. Par conséquent, au nom de notre institution, j’exprime ma gratitude à l’Ambassade de Suisse, à la Direction du développement et de la coopération (DDC) et à GPG Albanie. Abordons maintenant les conclusions du rapport. Alors que l’Albanie a des obligations essentielles au titre des chapitres 23 et 24 de l’intégration européenne, nous ne souhaitons pas nous contenter de produire un document de routine. Nous voulons dresser un véritable bilan de l’état de préparation de notre État. Le rapprochement des législations est important, mais les normes européennes ne se mesurent pas à l’aune de textes de loi. Elles se mesurent à l’aune de la réalité, de ce qui manque concrètement dans les villages.