Insécurité et violence des gangs armés à Port-au-Prince : les autorités étatiques doivent prendre en charge les déplacés internes

– Office de la protection du citoyen –

L’Office de la Protection du Citoyen (OPC), Institution Nationale indépendante de promotion et de protection des droits humains observe avec consternation la détérioration du climat sécuritaire du pays qui a déjà causé un nombre considérable de victimes. Le phénomène du kidnapping, une activité criminelle déshumanisante, nécessite une réponse immédiate et efficace. La situation d’insécurité grandissante ainsi que ses conséquences foncièrement troublantes et inacceptables ne font qu’empirer la situation des droits humains dans le pays.

Entre avril et mai 2022, les violents affrontements qui ont eu lieu dans la Plaine du Cul-de-Sac, impliquant deux gangs armés rivaux ne restent pas sans conséquence sur la population. Depuis les hostilités, des données statistiques documentées et rapportées par des sources officielles font état d’au moins 16 828 personnes contraintes d’abandonner leur domicile pour trouver un refuge, soit dans des familles d’accueil pour la plupart, soit dans l’un des 14 sites spontanément constitués. Cependant, il a été constaté que seuls 4 de ces sites demeurent opérationnels dont le plus important est le site Kay Castor situé à proximité de la place Clercine.

Malheureusement, les affrontements regrettables enregistrés en plaine ont fait au moins 92 personnes tuées parmi la population, 113 personnes blessées, 12 portées disparues et 49 autres kidnappées. Les rivalités persistantes entre les deux groupes continuent d’alimenter davantage une psychose de peur chez les habitants de la région puisqu’aucune disposition concrète n’a été adoptée afin de garantir la sécurité de la population et de faciliter la reprise normale des activités.

En effet, l’OPC et ses partenaires du Groupe de Protection ont pu observer les conditions inhumaines et dégradantes dans lesquelles vivent les déplacés, notamment celles et ceux hébergés dans le site Kay Castor, situé dans la commune de Tabarre. Ce camp qui abrite actuellement 303 personnes dont 76 femmes, 58 hommes, 74 filles et 95 garçons est un lieu inapproprié où l’accès aux besoins de base essentiels n’est pas garanti. Parmi ces déplacés, il y a 11 femmes enceintes, 8 femmes allaitantes, 4 personnes en situation de handicap et 7 personnes âgées ayant des besoins spécifiques. A l’intérieur de ce site, les droits à l’alimentation, à l’eau potable et à la santé ne sont respectés. Les hommes comme les femmes vivent dans la promiscuité à l’intérieur d’un espace insalubre portant atteinte à leur dignité. La situation sanitaire laisse à désirer, car il n’y a que 2 latrines pour les 303 personnes. Les filles ainsi que les femmes enceintes et allaitantes, tout en étant exposées aux risques de violences sexuelles, ne bénéficient d’aucune prise en charge médicale spécifique.

Par ailleurs, l’Office de la Protection du Citoyen saisit l’occasion pour déplorer les hostilités des bandes rivales dans la Commune de Cité Soleil. Cette situation enregistrée depuis quelques semaines a déjà occasionné d’énormes dégâts dont l’assassinat par balle de plusieurs dizaines de personnes, des personnes disparues et diverses maisons incendiées. Depuis le déclenchement des affrontements, entre gangs rivaux, au début de mois de juillet 2022, les équipes humanitaires appellent à une prise de conscience collective afin qu’elles puissent accéder aux lieux des conflits pour apporter assistance à la population victime et prise en otage. Les personnes blessées par balles n’ont pas accès aux soins médicaux que nécessitent leurs cas.

Des femmes, des enfants, des personnes âgées, des personnes à mobilité réduite n’ont pas été épargnés des scènes de violences. Face à cette situation, des centaines de familles ont été également contraintes d’abandonner leur domicile sans aucune forme de prise en charge par les structures étatiques.

Considérant que les droits à la vie et à la sécurité sont des droits inaliénables et universels relevant de la responsabilité de l’État conformément aux instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, l’OPC invite les autorités concernées à définir et mettre en œuvre une politique de sécurité publique adaptée au contexte social actuel en vue de parvenir à la sûreté et à la paix sociale au profit de toutes et de tous.

Parallèlement, en attendant que des approches du développement fondées sur les droits humains soient adoptées par l’État central dans la recherche des solutions durables pour les personnes déplacées en Haïti, l’OPC formule les recommandations suivantes :

– Procéder d’ici le 31 juillet à l’enregistrement et au profilage des déplacés du site de Kay Castor afin de leur fournir des solutions adaptées à la relocalisation (UCLBP et OIM) ;
– Mobiliser les organisations humanitaires pour continuer à fournir de l’eau potable et des services d’assainissement aux déplacés de Kay Castor (Secteur EPA) :
– Mobiliser la communauté humanitaire à poursuivre et renforcer l’assistance multisectorielle des déplacés (OCHA).
– Définir des stratégies aux fins de mettre hors d’état de nuire les criminels et les gangs armés.

Site internet de l’Office de la protection du citoyen
2022-07-18T14:23:07+02:00
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